
Le gaspillage des fonds publics dans l’artisanat : vitrines sans impact réel
Le gaspillage des fonds publics dans l’artisanat : vitrines sans impact réel
Les communiqués officiels de la Secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire excellent dans un exercice bien rodé : aligner des chiffres, multiplier les participations internationales et proclamer, à intervalles réguliers, le « succès » des salons et expositions artisanales.
Sur le papier, l’artisanat marocain rayonne. Sur le terrain, l’artisan peine toujours à joindre les deux bouts.
L’écart entre les statistiques annoncées et la réalité vécue par les artisans est devenu trop flagrant pour être ignoré.
Tandis que l’administration met en avant des résultats flatteurs à l’étranger, les principaux concernés ne constatent aucune amélioration notable de leurs revenus ni de leur stabilité professionnelle. Le succès est comptable, rarement social.
Plus problématique encore, l’argent public est largement mobilisé pour financer ces expositions : déplacements, logistique, location d’espaces, communication institutionnelle. Des budgets conséquents sont engagés, sans que leur impact économique réel ne soit clairement démontré.
Un soutien direct aux ateliers, à la modernisation de la production ou à des circuits de commercialisation durables aurait pourtant répondu à des besoins urgents et concrets.
Malgré les limites évidentes de ces initiatives, la stratégie reste inchangée. Les salons se succèdent, les chiffres se répètent, et le discours officiel demeure triomphal. Les rares évaluations disponibles évoquent pourtant l’absence de retombées tangibles pour la majorité des artisans.
Mais reconnaître l’inefficacité d’un dispositif impliquerait de revoir une politique fondée davantage sur l’image que sur l’impact.
Sur le terrain, la situation reste difficile : hausse du coût des matières premières, faiblesse du marketing, manque d’accompagnement structuré. Participer à une exposition internationale ne suffit pas à résoudre ces problèmes structurels.
Pour beaucoup d’artisans, ces événements représentent davantage une charge symbolique qu’une réelle opportunité économique.
Le paradoxe est saisissant. Le secteur de l’artisanat dispose d’un capital humain et culturel considérable. Ce qui lui fait défaut, ce n’est pas la visibilité ponctuelle, mais une gouvernance efficace, orientée vers des résultats mesurables et durables.
Tant que la politique publique privilégiera la vitrine au détriment de l’impact, les expositions resteront des opérations de communication financées par l’argent public.
Au final, les chiffres continueront d’alimenter les discours officiels, tandis que l’artisan, loin des projecteurs, continuera de porter le poids d’une réussite qui ne le concerne pas.






