
CAN au Maroc : quand le commentaire de Derradji vire au réquisitoire
CAN au Maroc : quand le commentaire de Derradji vire au réquisitoire
Durant la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc, Hafid Derradji n’apparaît plus comme un simple commentateur chargé d’éclairer le jeu par l’analyse technique ou la lecture tactique. Son micro s’est progressivement transformé en tribune de contestation permanente, où chaque minute de match semble appeler la désignation d’un responsable alternatif pour expliquer les contre-performances de la sélection algérienne.
Dès le coup d’envoi de la compétition, le ton est donné : l’arbitrage est mis en cause avant même la moindre décision litigieuse, les stades sont soupçonnés, l’organisation questionnée, et le contexte général convoqué comme circonstance atténuante universelle. Tout est passé au crible, à l’exception notable de ce qui se joue réellement sur la pelouse.
La défaite nette face au Nigeria, à Marrakech, a cristallisé cette dérive. Le téléspectateur n’assistait plus à un commentaire sportif au sens classique du terme, mais à une suite de justifications où l’analyse du rendement collectif, des choix tactiques ou des erreurs individuelles peinait à trouver sa place. L’essentiel semblait ailleurs : préserver le récit d’une équipe battue par les circonstances plutôt que par son adversaire.
Cette posture interroge le rôle même du commentateur. Doit-il expliquer le jeu tel qu’il est, ou négocier la réalité au nom d’une fidélité émotionnelle à une équipe ? En évacuant toute responsabilité sportive au profit d’un discours de suspicion permanente, le commentaire cesse d’éclairer le match pour devenir un exercice de déni.
À force de transformer chaque revers en affaire extérieure au terrain, le risque est double. D’une part, on prive le public d’une lecture honnête et utile du jeu. D’autre part, on installe une culture de l’excuse qui empêche toute remise en question. Le football, pourtant, obéit à des règles simples : on gagne par le travail, on perd par insuffisance, et l’analyse commence là où s’arrête l’alibi.
Au final, un match peut se perdre, une compétition peut s’achever prématurément. Mais lorsque le commentaire abandonne sa fonction critique et pédagogique pour devenir un plaidoyer permanent, c’est toute la crédibilité du discours sportif qui se retrouve, elle aussi, battue au coup de sifflet final.






