
Polisario face au Conseil de sécurité : un discours figé dans un monde en mouvement
Polisario face au Conseil de sécurité : un discours figé dans un monde en mouvement
Ce qu’a révélé le dernier vote au sein du Conseil de sécurité n’a pas tant surpris qu’il n’a mis dans l’embarras la Front Polisario.
La dynamique internationale penche désormais, sans ambiguïté, vers une approche pragmatique et réaliste du dossier du Sahara, à rebours d’un discours qui semble figé, répétitif, et qui continue de demander au monde de s’arrêter là où ses slogans se sont arrêtés il y a plusieurs décennies.
Comme à son habitude, le Polisario a rejeté le plan marocain d’autonomie, le qualifiant d’expansionniste et d’inacceptable. Un refus proclamé avec emphase, mais qui résonne de plus en plus dans un vide politique. Tandis que la proposition marocaine progresse dans les capitales décisionnelles et gagne en crédibilité, la direction du front persiste à tourner le dos à l’évolution des rapports de force, comme si le changement du contexte international relevait du détail.
Ce rejet extérieur masque toutefois une réalité plus inconfortable : les fissures internes. Au sein même du mouvement, des critiques émergent, parfois discrètes, parfois plus audibles, dénonçant une stratégie jugée rigide et isolante. Une ligne qui accumule les revers diplomatiques et recycle le même vocabulaire, en espérant, contre toute logique, un résultat différent. Une équation rarement gagnante, même en politique.
Dans cette impasse, certains cadres en viennent à questionner l’alignement quasi total sur la position de Algérie. Non pas en contestant ouvertement la dépendance, mais en pointant ce qu’ils décrivent comme un « excès de loyauté » ayant conduit à un échec stratégique. Un attachement qui n’a pas intégré la mutation du contexte international, ni le fait que la communauté internationale ne se contente plus de références historiques sans solutions applicables.
Le cœur du problème est là : l’absence d’alternative crédible. Les invocations répétées du « droit à l’autodétermination » ne suffisent plus à convaincre le Conseil de sécurité, ni même certains soutiens traditionnels. Le plan d’autonomie proposé par le Maroc est désormais perçu par un nombre croissant d’États comme l’option la plus sérieuse et la plus réaliste. En face, le Polisario se limite à l’alerte et au rejet, sans offrir de projet concurrent structuré. Une opposition sans feuille de route.
Plus encore, des voix sahraouies accusent Alger d’instrumentaliser la trajectoire du front au service de ses propres intérêts, accentuant une crise de légitimité déjà palpable et renforçant l’isolement politique. Ces accusations, murmurées ou assumées, traduisent un malaise profond entre une direction figée et une base en quête de perspectives.
La fracture la plus visible reste celle entre le discours et la réalité. Tandis que la direction du Polisario multiplie les mises en garde contre l’initiative marocaine, le Conseil de sécurité s’oriente vers un soutien explicite à une solution politique, réaliste et consensuelle. Le monde réclame du concret. Le front répond par la rhétorique.
Aujourd’hui, le Polisario se trouve à un carrefour inédit : persister dans une ligne traditionnelle synonyme d’isolement croissant, ou engager une révision stratégique courageuse, admettant que la politique ne se gouverne ni par la nostalgie ni par les incantations. Pendant ce temps, le soutien international à Rabat se consolide et la diplomatie avance, méthodique, pendant que la boussole du front semble toujours en débat.
La question n’est plus de savoir qui gagne, mais qui lit le réel tel qu’il est. En politique internationale, les décisions se prennent dans les salles de négociation, non dans les slogans hérités. Et le temps, lui, ne fait jamais crédit aux immobilismes.


