
1,5 million de dirhams pour diagnostiquer le silence de l’ANCFCC
1,5 million de dirhams pour diagnostiquer le silence de l’ANCFCC
Le directeur général de l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie a finalement admis l’existence d’un problème baptisé « communication ». Sa réponse, toutefois, surprend : le lancement d’un appel d’offres international d’un montant de 1,5 million de dirhams pour vérifier si les usagers sont mécontents. Ainsi, Karim Tajmouti choisit de financer l’évidence, de consigner ce que tout le monde sait déjà et de l’intituler « feuille de route stratégique ».
Le paradoxe est saisissant. L’agence traite quotidiennement avec des millions de citoyens, lesquels n’ont nul besoin d’étude pour confirmer que la communication est défaillante, les réponses tardives, l’information complexe et les procédures rédigées dans un langage que même leurs auteurs peinent à comprendre. Plutôt que de corriger ces dysfonctionnements manifestes, l’option retenue consiste à commander un rapport soigné, une présentation colorée et une enveloppe budgétaire suffisamment attractive pour convaincre n’importe quel cabinet que le silence… mérite un diagnostic.
Le spécialiste en communication Abdelkrim Aakif a qualifié la situation de « catastrophique », sans réclamer le moindre dirham. Un avis gratuit, resté lettre morte. À l’évidence, la direction ne se rassure que face à un diagnostic estampillé « international », assorti d’une facture conséquente. La gouvernance se transforme alors en exercice d’achat de temps, davantage qu’en service rendu à l’usager.
La satire devient plus mordante lorsqu’on découvre que l’objectif affiché n’est ni l’amélioration des délais de réponse, ni la simplification des démarches, ni le respect des échéances, mais l’« évaluation de la communication antérieure ».
Comme si l’institution se demandait devant le miroir : avons-nous été suffisamment silencieux ?
Faut-il professionnaliser ce silence ? Pendant ce temps, l’usager continue de naviguer entre guichets et plateformes, dossier sous le bras et patience en bandoulière.
Au-delà du cas d’espèce, la démarche interroge les priorités de la dépense publique. Lorsque des millions sont engagés pour diagnostiquer un mal connu, tandis que l’action concrète est différée, l’administration devient un théâtre de justification plutôt qu’un outil de résolution. La communication, au fond, n’est ni un slogan ni une étude :
c’est une décision quotidienne — répondre à temps, expliquer clairement et assumer ses responsabilités.
À l’ANCFCC, sous l’ère Tajmouti, la communication semble donc commencer par le rapport. L’usager, lui, continuera de « communiquer » par le seul moyen qui lui reste : l’attente.






