
Réforme de l’éducation : des chiffres, du temps… et peu de résultats
Réforme de l’éducation : des chiffres, du temps… et peu de résultats
Lors d’une séance au Conseil des conseillers, le gouvernement a dévoilé les grandes lignes de sa vision pour la réforme de l’éducation.
Un discours structuré, maîtrisé, mais marqué par une constante : les résultats sont renvoyés à plus tard. Selon le ministre, les effets concrets ne pourront être évalués qu’après plusieurs années, tant les causes du décrochage scolaire au Maroc seraient complexes et profondément enracinées.
Pour appuyer cette approche, l’exécutif met en avant des chiffres impressionnants. Plus de 9 000 établissements scolaires ont été réhabilités entre 2022 et 2026, avec des investissements importants et des chantiers étendus sur l’ensemble du territoire. Toutefois, ces données restent incomplètes tant qu’elles ne sont pas reliées à leur impact réel sur la qualité de l’enseignement en classe, les conditions d’apprentissage et les acquis des élèves.
Le ministre a également reconnu les difficultés spécifiques de l’enseignement en milieu rural, liées à la dispersion géographique et à la faiblesse des effectifs.
Un constat lucide, mais qui demeure au stade du diagnostic. Les acteurs du secteur attendent désormais des solutions opérationnelles, capables de dépasser la simple description des contraintes structurelles.
Les taux de réussite régionaux ont, eux aussi, été évoqués comme indicateurs d’amélioration. Pourtant, ces moyennes masquent des disparités profondes entre les territoires et ne reflètent pas toujours les écarts de qualité pédagogique. Utilisés sans analyse qualitative, ces indicateurs risquent davantage d’alléger la pression politique que d’identifier les dysfonctionnements de fond.
Le pari gouvernemental repose enfin sur l’achèvement du chantier des « écoles de la réussite » dans un horizon de cinq années supplémentaires.
Un calendrier qui repousse encore l’évaluation et lie la réforme au temps plutôt qu’à ses effets concrets. Cette logique interroge la capacité de l’État à passer du discours politique à une réelle culture de la reddition des comptes.
Au-delà des annonces, une question demeure centrale : la réforme de l’éducation peut-elle se contenter d’attendre ? Pour de nombreux observateurs, un changement réel exige une vision claire, une évaluation courageuse et l’acceptation du coût de la vérité. Car le temps, à lui seul, ne réforme pas l’école — et les élèves, eux, n’ont pas le luxe d’attendre.






