Pannes de trains au Maroc : silence et chaos sur les rails

Pannes de trains au Maroc : silence et chaos sur les rails

Il n’est désormais plus possible de qualifier ce qui s’est produit de simple incident technique, de dysfonctionnement isolé dans une machine autrement bien huilée. Ce qui s’est joué ressemble davantage à un nouvel épisode — lassant, prévisible — d’une longue série d’échecs structurels, gérés avec la même logique et justifiés par le même vocabulaire, au sein de Office National des Chemins de Fer, où la panne devient la norme et où l’unique exception demeure l’absence de reddition des comptes.

Au cœur de la crise, le premier test a été un échec manifeste : la communication. Aucune information fiable, aucun calendrier crédible, aucun discours en phase avec la réalité. Seulement un silence pesant, ou à défaut, un communiqué tiède qui n’éclaire rien, comme si les voyageurs n’étaient que des chiffres coincés sur des quais, et non des êtres humains avec des obligations, des urgences, et une patience mise à rude épreuve.

Sur les réseaux sociaux, ce que l’Office redoutait a éclaté sans filtre. Ironie acerbe, colère diffuse, comparaisons cruelles avec des expériences de voyage dans des pays supposément moins avancés, mais où, au moins, l’on prend la peine d’expliquer. Là-bas, quand le train s’arrête, quelqu’un parle. Ici, quand le système s’effondre, le langage disparaît avec lui.

Rabat, capitale administrative, s’est soudain retrouvée plongée dans une pagaille silencieuse. Des trains immobilisés. Des passagers désorientés. Des questions suspendues dans le vide. Personne ne sait pourquoi. Ni quand. Ni comment. Un véritable désert informationnel, comme si le temps lui-même avait décidé de marquer l’arrêt.

Quant à l’application numérique — longtemps vantée comme la vitrine de la modernité et de « l’intelligence » du service — elle s’est volatilisée précisément au moment où elle devait prouver son utilité. Aucune alerte. Aucun message. Aucune explication. Une technologie muette, un système digital spectateur du chaos plutôt qu’acteur de sa gestion. De l’intelligence dans les présentations, de l’absence dans l’urgence.

Mais le problème, en profondeur, ne réside ni dans les câbles ni dans les serveurs. Il loge dans une culture managériale pour laquelle communiquer relève du superflu, reconnaître l’erreur d’une faiblesse, et le voyageur d’une variable secondaire, extensible à l’infini. Une mentalité qui administre l’échec comme une fatalité et traite l’indignation publique comme un bruit de fond appelé à s’éteindre de lui-même.

Reste alors une question, lourde, insistante, dérangeante : quand cet Office cessera-t-il de maîtriser l’art de l’excuse pour endosser enfin celui de la responsabilité ? Quand la panne deviendra-t-elle un déclencheur de redevabilité plutôt qu’un prétexte à un communiqué creux ? En attendant, les trains continueront d’arriver en retard, les explications encore davantage, tandis que l’échec, lui, respecte scrupuleusement ses horaires.

Quitter la version mobile