Artisanat au Maroc : la gestion de Lahcen Saâdi sous le feu des critiques

Artisanat au Maroc : la gestion de Lahcen Saâdi sous le feu des critiques

Depuis que Lahcen Saâdi a pris les rênes du Secrétariat d’État chargé de l’artisanat, le secteur donne l’impression d’être entré dans une longue léthargie administrative. Peu d’élan réformateur, encore moins de résultats tangibles. Le discours officiel parle de « phase de transition », tandis que, sur le terrain, le ralentissement s’installe et la morosité s’étend.

Les budgets, eux, ont suivi une trajectoire inverse : en hausse. Les retombées, en revanche, peinent à apparaître.

Dar Assaneâ est devenue le symbole d’une dépense sans cap clair : salons inaugurés puis oubliés, rencontres largement médiatisées mais sans suivi, déplacements consignés dans les rapports bien plus que dans l’amélioration du quotidien des artisans. Une mécanique administrative bruyante, aux effets limités, dont la facture est supportée par le secteur.

Interpellé au Parlement, le responsable privilégie l’esquive. Les réponses cèdent la place à des formules toutes faites — « atteinte à la réputation », « ciblage régional », « manœuvres de diversion » — comme si poser la question des solutions relevait de l’offense, et reconnaître un échec d’un luxe incompatible avec la fonction.

Les solutions concrètes se font attendre. Pas de plan de sauvetage, pas de feuille de route lisible, mais une posture défensive persistante.

Dans ce vide, s’installe une politique d’exclusion feutrée : les ressources vont là où la caméra s’attarde, vers l’influence et la visibilité, tandis que l’artisan, lui, travaille en silence, sans protection sociale adéquate, sans accès équitable au marché, sans perspectives claires.

Le contraste frôle l’absurde : d’un côté, la aisance des conférences et des hôtels ; de l’autre, la précarité des ateliers et des étals. Une gouvernance par l’image en hauteur, une réalité par la peine en bas.

Sans surprise, les spéculations sur un possible départ de Lahcen Saâdi s’intensifient, notamment après les signaux venus du sommet de l’exécutif.

Aziz Akhannouch a rappelé que les institutions ne se gèrent pas ad vitam aeternam par les mêmes noms et que l’évaluation finit toujours par s’imposer. Le jour venu, le bilan sera simple : qu’a-t-on réellement accompli ? Et que reste-t-il aux artisans, sinon la patience ?

L’artisanat n’est ni un décor de salon ni une série de photos souvenirs. C’est une économie de subsistance, une identité au travail, la dignité de mains qui créent. Entre cette réalité lourde et une gestion légère en promesses, l’écart se creuse — et l’ironie demeure le dernier refuge, tant le constat n’a plus rien de drôle.

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