Nizar Baraka face aux syndicats : réformes ajournées et colère sociale
Le ministre Nizar Baraka se retrouve au cœur d’une tempête sociale qu’il semble avoir lui-même patiemment nourrie.
Les trois centrales syndicales montent au créneau, accusant le ministre d’avoir fait de l’ajournement une méthode de gouvernance et du flou une ligne politique, notamment autour du statut fondamental des fonctionnaires de son département.
Officiellement, les réformes sont “en cours”. Officieusement, elles sont gelées au nom des priorités budgétaires.
Un argument que les syndicats jugent commode, voire sélectif. Car l’austérité, disent-ils, ne frappe jamais tous les secteurs avec la même rigueur. Résultat : un sentiment de discrimination s’installe, nourrissant frustration et perte de confiance au sein de l’administration.
Au-delà du gel du statut, les syndicats dénoncent l’absence totale de vision réformatrice. Aucun calendrier clair, aucune feuille de route lisible, encore moins une volonté affichée de restaurer le dialogue social.
La réforme devient alors un slogan creux, répété sans être incarné. Une politique du “plus tard”, systématisée, qui menace directement la stabilité sociale.
Sur la question des ressources, le ministre invoque la contrainte financière. Les syndicats rétorquent que le problème est d’abord politique.
Des choix assumés, orientés vers le gel plutôt que l’investissement humain. Une logique qui affaiblit l’attractivité du secteur et décourage les compétences, pendant que le discours officiel se contente d’expliquer l’impasse.
Le dossier des ouvriers occasionnels illustre parfaitement cette impasse. Des situations précaires qui durent, des solutions reportées, et une impression persistante que l’urgence sociale est devenue un détail administratif. Là encore, l’absence de décision pèse plus lourd que le manque de moyens.
Dans le secteur de l’eau, les griefs s’accumulent : droits suspendus, engagements non tenus, dialogue inexistant. Le “contrat-programme” est resté lettre morte, les notes de promotion se font attendre, et la parole administrative perd peu à peu sa crédibilité.
Même le dossier du logement administratif n’échappe pas à la règle. Opacité, silence et absence d’explications alimentent les soupçons. Quand la transparence disparaît, la contestation s’installe.
Les syndicats préviennent : persister dans cette gestion du temps et des promesses ne fera qu’aggraver la tension sociale. Le bilan, à leurs yeux, est sans appel : beaucoup de discours, peu d’actes, et une réforme sans cesse repoussée. Une ironie politique s’impose alors d’elle-même : le ministre parle de réforme, mais gouverne par l’attente.
