L’Algérie adopte une loi criminalisant la colonisation et ravive les tensions avec la France
Le Parlement algérien a adopté une loi criminalisant la colonisation française, relançant avec force le débat mémoriel entre Algérie et France, et ouvrant un nouvel épisode de tensions diplomatiques entre les deux pays.
Le texte législatif impute à la France la responsabilité de ce qu’il qualifie de « crimes de la colonisation » commis entre 1830 et 1962, affirmant que ces actes ne peuvent faire l’objet d’aucune prescription. Sont notamment évoqués les massacres, l’exploitation des ressources naturelles, ainsi que les atteintes systémiques aux populations locales durant la période coloniale. La loi appelle, en outre, à une reconnaissance officielle, à des excuses formelles et à des réparations.
Au-delà de la portée symbolique, le projet comporte une série de revendications concrètes : la restitution des archives nationales algériennes, des biens culturels emportés, des restes mortuaires de résistants, ainsi que la dépollution des sites d’essais nucléaires français dans le Sahara. Le texte réclame également la divulgation des lieux d’enfouissement de déchets toxiques, un dossier sensible et anciennement conflictuel.
Paris a réagi vivement à l’adoption de cette loi. Le ministère français des Affaires étrangères a qualifié l’initiative d’« hostile », estimant qu’elle risque d’entraver le dialogue bilatéral sur les questions de mémoire. Tout en exprimant ses réserves, la France a néanmoins réaffirmé sa volonté de poursuivre les échanges avec Alger sur des dossiers jugés stratégiques, notamment la sécurité et la migration.
L’un des aspects les plus controversés de la loi réside dans les dispositions pénales qu’elle introduit. Toute apologie ou justification de la colonisation française est désormais passible de peines de prison allant de cinq à dix ans, assorties d’amendes. Une mesure saluée par ses défenseurs comme une protection de la mémoire nationale, mais critiquée par d’autres comme une restriction potentielle à la liberté d’expression.
Pour de nombreux analystes, si cette loi ne dispose pas d’un mécanisme d’application directe au niveau international, elle n’en demeure pas moins lourde de sens. Elle traduit une inflexion politique claire dans la manière dont l’Algérie aborde son passé colonial, en institutionnalisant la mémoire au cœur du dispositif législatif.
Cette initiative intervient dans un contexte diplomatique déjà tendu, aggravé par des divergences récentes, notamment après la position française favorable au plan d’autonomie marocain pour le Sahara. À cela s’ajoutent des désaccords persistants sur les questions migratoires, la coopération sécuritaire et l’héritage historique commun.
Entre affirmation de souveraineté mémorielle et instrument de pression politique, la loi algérienne sur la criminalisation de la colonisation confirme que le passé continue de peser lourdement sur les relations algéro-françaises. Un dossier où l’histoire, loin d’être close, demeure un enjeu central du présent.
