Éducation préscolaire : quand les promesses restent au stade du discours
Le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, a choisi la franchise… à coût nul. Il reconnaît le droit des éducatrices et éducateurs du préscolaire à de meilleures conditions, affirme qu’ils « méritent le meilleur », puis s’arrête net, comme si la phrase s’achevait avant même que ne commence la facture.
La reconnaissance est là, certes. L’exécution, en revanche, est reportée.
Toujours reportée. Au nom des « contraintes budgétaires », cette formule commode qui surgit dès qu’il s’agit de revendications sociales, et disparaît avec une étonnante rapidité lorsqu’il est question d’équiper des bureaux ou d’améliorer le confort administratif. Là, soudain, le budget devient souple, docile, prêt à être signé.
Car le même ministère qui appelle les éducatrices à la patience a, dans le même temps, validé un marché d’ameublement de ses bureaux avoisinant le million de centimes. Personne ne déclare la guerre aux chaises ni aux bureaux. Mais la contradiction saute aux yeux : l’argent trouve aisément sa voie vers le bois et le cuir, et se perd en chemin lorsqu’il s’agit d’équité sociale.
Dans le discours ministériel, le préscolaire est présenté comme le socle de la réforme. Dans la réalité, les éducatrices travaillent dans la précarité : contrats temporaires, rémunérations modestes, horizons flous. Un socle, oui, mais sans consolidation. Une base, sans entretien. Une réforme brandie dans les slogans, puis retirée à la première ligne de la loi de finances.
Plus étonnant encore : le dossier ne souffre pas d’un manque de diagnostic. Tout est connu — salaires, contrats, absence d’intégration. Ce qui manque, c’est la décision. Une décision claire, assortie d’un calendrier et d’un budget assumé.
À défaut, on invite les éducatrices à « tenir bon », comme si la patience était devenue un dispositif officiel de la politique éducative.
Le ministre évoque les priorités. Leur hiérarchisation, toutefois, interroge. Améliorer les conditions de l’administration semble plus urgent que stabiliser celles de celles et ceux qui éduquent les enfants. Le mobilier passe avant la sécurité professionnelle de celles qui posent les fondations éducatives du pays.
En définitive, nul ne réclame l’impossible. Il s’agit simplement que la reconnaissance produise des effets, et que le « vous méritez le meilleur » ne se réduise pas à une formule médiatique. À défaut, la contradiction persistera : non pas une réforme, mais une politique assise sur un fauteuil confortable… avec un discours debout.
